le laboratoire

« Schizophrenic est d’avantage un spectacle vivant qu’un simple concert, explique Delphine Polet, c’est un projet qui réunit la musique, la danse, la vidéo, les arts plastiques, la sculpture... »

Pour le concrétiser, elle a fait appel à 14 artistes de la région Rhône-Alpes. Le cahier des charges ? Suggérer la planète Alphamen de trois manières différentes, et ce, pour « coller » aux humeurs d’Alice. Au fait, pourquoi avoir baptisé la planète Alphamen ? « Pour ne pas lui donner le nom de Terre, un moyen de signifier qu’il s’agit là d’un conte et que nous ne somme pas dans le réel. 

J’ai toujours trouvé terrifiante l’idée

qu’un homme puisse se transformer

en mâle dominant, l’image du mâle alpha.

Il existe même des séances de coaching

pour ça ! Alors, je me suis dit :

il y a le monde et il y a les Alphamen.

Et j’ai créé un imaginaire autour de ça. »

Aux portes d’Alphamen, le spectateur est accueilli par des performers pour un Voyage Guidé de 30 mn ; un maître de cérémonie en l’occurrence, Blandine Robin, une chanteuse à texte généreuse et engagée, compositrice de comptines pour enfants, que Delphine a rencontrée il y a quatre ans sur Genève. La Broken Doll, c’est la chorégraphe Lyli Gauthier et Delphine Polet qui incarne en musique et danse les personnages tout au long du voyage.

« Chaque artiste a son personnage, précise Delphine. Zer, par exemple, un adepte du street art avec un regard sur la société assez dur, m’a intéressé pour Lilith. David Gaté, le créateur de Flower, est un artiste zingueur qui travaille avec des matériaux recyclés au milieu de ses vignes, dans la Drôme. Un amoureux de la nature. Certains artistes ont choisi d’évoquer les trois personnages, comme Matt B, un plasticien originaire de Saint-Ours, qui a conçu trois gravures afin de les personnifier : une

linogravure pour Alice, une eau-forte pour Lilith et une gravure au sucre pour Flower. Ou comme Daniel Giraud, un sculpteur mauriennois extraordinaire qui “voit” ce qui se passe à l’intérieur de la femme et cisèle des œuvres en résine ou en bronze de toute beauté... » Il y a aussi Indy Joe, une femme peintre et sculpteur qui travaille sur la fertilité, Teddy Bosc, un artiste plasticien qui assure la scénographie de l’exposition, les photographes Pauline Collombet et Geoffrey Vabre, la costumière Christel Pédelaborde, le graphiste Geoffrey Dromard, la plasticienne Katia Morgand et ses tableaux débordant de fleurs... sans oublier le vidéaste Florian Polet, le frère de Delphine présent depuis le début du projet et créateur de toutes les vidéos.

Delphine ne chercherait-elle pas à brouiller les pistes ? Sommes-nous vraiment sur une planète imaginaire ? Alphamen ressemble trop à la nôtre pour s’en convaincre. La quête d’Alice ne serait-elle pas la nôtre, à nous, humains, dans ce monde déshumanisé ? « Certes, admet Delphine, une scission est en train de s’opérer sur cette Terre qui nous abrite : il y a ceux qui vont vers encore plus de technologie, de production, et ceux qui reviennent aux choses essentielles, comme l’agriculteur et

philosophe Pierre Rabhi, initiateur du Mouvement Colibris pour une société davantage respectueuse de notre Terre-mère. Je suis assez optimiste, au fond, et je pense que l’homme se réveillera au bord du gouffre. Cependant, il lui faudra traverser certaines épreuves avant de pouvoir aspirer à une sérénité retrouvée. » Car le voyage d’Alice vers la lumière n’est pas de tout repos et le spectateur doit

s’attendre au pire. Avant de rejoindre Flower, il faudra en passer par Lilith la démone... Mais bon, un conte n’a rien à voir avec la réalité, n’est-ce pas ?

Texte : Anne LORD

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